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De la molécule à l'âme.

 
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tremabulle
Haminche

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PostPosted: Wed 7 Jan 2009 - 22:37    Post subject: De la molécule à l'âme. Reply with quote

Vingt-cinq ans après L’Homme neuronal (1983), Jean-Pierre Changeux publie "Du vrai, du beau, du bien", un résumé très dense de trente ans de recherche et d’enseignement au Collège de France. Il y est question de sciences, de connexions cérébrales, mais aussi d’histoire et de philosophie. À 72 ans, le neurobiologiste veut poursuivre le dialogue entamé avec les sciences humaines et envisager les applications médicales qui vont surgir de la meilleure compréhension de notre cerveau. Il livre ainsi la synthèse de ce que l’on sait et entrouvre les portes de nos attentes.



L’@mateur d’idées
- Vous venez de publier une synthèse de savoir en neurobiologie [1].Qu’est-ce qui a changé en trente ans ?

Jean-Pierre Changeux – Tout d’abord les techniques d’investigation et de compréhension du cerveau. Je citerais le séquençage de nombreux génomes, dont le génome humain, le développement de nouveaux modèles des fonctions cognitives et une étude désormais scientifique des processus conscients. En trente ans, nous avons réussi, je pense, la première tentative de modélisation connexionniste de l’accès à la conscience. C’est-à-dire que nous pouvons représenter sous formes d’interconnexions entre les neurones cérébraux l’accès à la conscience. À l’origine de mes travaux, je suis parti de la biologie moléculaire et j’ai essayé de m’ouvrir aux fonctions supérieures du cerveau pour comprendre ce qui se passe quand nous ressentons quelque chose de vrai, de beau ou de bien.

L’@mi - Vous voulez dire que le vrai, le beau ou le bien participent de la biochimie du cerveau ?

J.-P. C.
- Evidemment ! Comment pourrait-il en être autrement ? Quand vous éprouvez un sentiment, une émotion, une idée même, cela se traduit par une modification des connexions, une modification que le cerveau enregistre. C’est ce qui fait son extraordinaire plasticité.

L’@mi – C’est ce qui se passe quand nous regardons un tableau ?

J.-P. C.
– Exactement. L’œuvre d’art est destinée à la communication intersubjective des émotions. Elle possède un pouvoir évocateur qui rend conscientes les mémoires à long terme et leur signature émotionnelle, qui les fait partager et qui possède, de ce fait, une pluralité de significations.

L’@mi
- Les philosophes ont du mal à comprendre cela…

J.-P. C.
- C’est le problème en France. Les neurobiologistes hésitent à s’aventurer vers ce qu’ils considèrent comme des sciences molles et les historiens de l’art se désintéressent de la neurobiologie. En fait, au travers de ce livre, je voudrais sinon réconcilier, du moins intéresser les philosophes au fait que le cerveau existe et qu’il s’y passe des choses qu’on ne peut pas nier.


L’@mi - Mais la différence entre le corps et l’esprit ?

J.-P. C. - Pour moi, elle n’existe pas. Encore une fois, ce n’est que la traduction d’un dualisme latent entre deux mondes qui ne communiquent pas. Cela vient en partie de la séparation qui a eu lieu, il y a longtemps, entre les facultés des sciences et les facultés des lettres. D’un côté les savants, de l’autre les philosophes. Mais l’accès à la connaissance ne fonctionne pas ainsi. D’ailleurs, en Asie, par exemple, cette opposition n’existe pas. Récemment, un étudiant japonais voulait que je lui explique pourquoi nous faisions ici une distinction entre l’âme et le corps. C’est lui qui ne comprenait pas !

L’@mi - La faute à qui ?

J.-P. C. - Aux rigidités, surtout en France. J’ai beaucoup aimé la démarche de Michel Onfray dans sa contre histoire de la philosophie. Il a montré que nous n’avions retenu de la philosophie grecque qu’une partie de la vision du monde et que nous avions mis de côté les matérialistes. J’apprécie cette curiosité. Il faut renouer avec une tradition philosophique générale plus ouverte et plus pragmatique. Une philosophie plus simple, plus concrète, plus modeste aussi qui prenne en compte ce qui se fait dans les laboratoires. On ne peut pas prétendre s’intéresser à la pensée en se désintéressant de ce qui la produit. En 2000, le philosophe américain John Searle déclarait que le moment était venu d’examiner la conscience comme n’importe quel autre phénomène biologique.

L’@mi - Marx disait que le cerveau de l’homme était le reflet de la société…

J.-P. C.
- C’est plutôt l’inverse non ? C’est la société qui est à l’image de ce qui se passe dans le cerveau des hommes puisque c’est le cerveau qui a pensé la société. Et d’ailleurs qu’est-ce qu’un cerveau sinon un système pré-organisé qui est susceptible de se modifier en se réorganisant. C’est ce que nous faisons tous les jours sans nous en rendre compte.


L’@mi - Dans votre livre, vous parlez du calcul des intentions d’autrui en évoquant la politique et François Mitterrand.

J.-P. C
. - C’est évident. En ce moment, en posant vos questions, vous voulez comprendre ce qu’il y a dans mon cerveau et moi je veux savoir ce que vous allez faire de mes réponses… Ce calcul des intentions d’autrui qui est reconnu en politique depuis toujours et il fait désormais l’objet d’une analyse scientifique chez l’enfant.

L’@mi - Vous voulez dire qu’un jour, on pourra lire les intentions d’autrui ?

J.-P. C. - On peut déjà ! Les travaux de Chris Frith aux États-Unis ont commencé dans ce sens. Il y a chez l’homme la capacité unique de mentaliser, de comprendre et de manipuler les états mentaux d’autres personnes et, donc, de modifier leur comportement. Il utilise pour cela la conscience que les autres personnes ont des connaissances, des croyances, des désirs semblables ou différents des siens, par lesquels ils organisent leur comportements. C’est très utile en politique…

L’@mi – Vous écrivez que la neurobiologie permet de visualiser l’illettrisme.

J.-P. C. - Bien sûr. Les personnes illettrées ont un cerveau différent. Il en est de même pour les écrivains ou les artistes. Tout ce que nous faisons ou pensons est marqué dans notre cerveau. Nous pouvons également observer très précisément les performances de la mémoire.


L’@mi - Peut-on agir contre l’illettrisme en intervenant sur le cerveau ?

J.-P. C. - En théorie oui, mais techniquement c’est difficile. Les circuits sont très spécifiques. En revanche, on peut mettre en place des méthodes de compensation qui incitent le cerveau à se réorganiser, à mettre en place d’autres connexions, d’autres stratégies. La lecture, c’est contre-nature, c’est une question d’apprentissage. On peut donc rééduquer le cerveau. On peut aussi quelquefois agir de manière plus générale avec un appui pharmacologique qui vise des récepteurs chimiques particuliers, notamment pour ce qui concerne la mémoire.

L’@mi - C’est le cas pour la maladie d’Alzheimer ?

J.-P. C. - Exactement. Le but aujourd’hui pour les neurobiologistes consiste à trouver les marqueurs avant que la maladie ne se développe. Plus l’identification est précoce, meilleure sera la prévention. On peut espérer agir plus efficacement dans les prochaines années par thérapie génie ou thérapie cellulaire.

L’@mi
– Et pour l’autisme ?

J.-P. C. – L’autisme serait un trouble biologique altérant la conscience de soi et des autres en faisant intervenir le cortex frontal. Pour certains chercheurs, l’autisme présenterait un déficit de la capacité de prédire et d’expliquer le comportement des autres êtres humains. Aujourd’hui, des tests de bandes dessinées permettent de mesurer ce déficit.

L’@mi - Vous consacrez un chapitre à la mort…

J.-P. C. - Parce que c’est l’arrêt de notre cerveau, irrévocable et irrémédiable. Cela dit on peut faire baisser chimiquement l’activité du cerveau. C’est ce qui se produit pendant l’anesthésie. C’est ce qui a lieu également dans le coma. On a même constaté que dans certains comas, le cerveau continuait de se réorganiser. Voilà pourquoi il est important aujourd’hui de pouvoir dire en fonction des lésions observées si le coma est irréversible ou non. S’il n’y avait pas de mort, il n’y aurait pas d’évolution. La mort comme la vie relève d’un processus neuronal et chimique.


L’@mi - On a dit Jean-Pierre Changeux, c’est l’homme qui veut tout expliquer par les neurones.

J.-P. C. - C’est faux et cela m’énerve. On a eu tort. Je n’ai jamais eu cette prétention. J’ai toujours observé une position modeste en n’opposant pas le corps et l’esprit et en ouvrant la discussion qui va du niveau de la molécule au niveau de l’âme. Le fait que notre cerveau soit effectivement fait de chimie et de neurones ne nous empêche pas de le penser. Les mémoires des expériences acquises se perpétuent dans nos cerveaux sous forme de traces neuronales stables, la vie durant. Diderot avait déjà pressenti la chose en employant le terme d’organisation.

L’@mi – Vous comprenez que ces travaux sur les gènes et le cerveau déclenchent des critiques ?

J.-P. C.
– Elle sont le plus souvent malveillantes car elles proviennent de personnes mal informées. Dans mes recherches comme dans mon enseignement au Collège de France, j’ai voulu laisser librement circuler la réflexion qui va de la molécule à l’âme. Tout simplement, parce que l’universalité de l’homme et de son cerveau est à rechercher dans ses gènes. Et je reviens à cette idée d’évolution et d’organisation émise par Diderot. Notre cerveau ne peut évoluer qu’en s’organisant. Cette organisation ne se fait pas par hasard. Elle s’effectue en fonction des événements extérieurs, du capital génétique et de l’adaptation à l’environnement. Un jour, je discutais de cela avec le grand spécialiste de la Grèce ancienne Jean-Pierre Vernant. Il me dit tout à trac : « C’est bien beau tout cela, mais où mettez-vous l’Histoire ? » La réponse est simple : l’Histoire, elle est dans notre cerveau ! Qu’on le veuille ou non, nous ne pouvons pas échapper à notre histoire génétique et à notre histoire épigénétique, celle qui va de notre développement dans le ventre de notre mère à l’âge adulte. Il y a 30 000 ans, l’homo sapiens vivait environ trente ans. Son cerveau, comme le nôtre aujourd’hui, mettait quinze ans pour atteindre sa maturation. Il lui restait donc quinze années pour se servir de cette formidable machine chimique. La différence, aujourd’hui, c’est que dans les quinze dans de maturation nous portons aussi quelques milliers d’années d’évolution. Et cela, c’est notre Histoire !


 

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PostPosted: Wed 7 Jan 2009 - 22:37    Post subject: Publicité

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néothérèse
Haminche

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Joined: 21 Jul 2007
Posts: 1,485
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Localisation: montélimar

PostPosted: Thu 8 Jan 2009 - 16:49    Post subject: De la molécule à l'âme. Reply with quote

cap20 jean pierre changeux, qui y a t-il de changé? oplfrire quel nom prédestiné à cette question!!!

et quelle claque pour ma copine qui adore les poulbots Rolling Eyes

néo
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tous à l'an vert!!!
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PostPosted: Today at 04:01    Post subject: De la molécule à l'âme.

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